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Elle était mon héroïne
… Je n’avais jamais goûté aux dérives de la drogue et pourtant, c’était bien l’état de manque dont suffoquait mon être tout entier ce matin ! 15 mois, 3 jours, et fallait-il encore que je compte les heures? Aujourd’hui à nouveau je me levai le cafard au bord des yeux et le ventre remué par les frasques alcoolisées de la veille. Il était à peine 6h30 et déjà je tournai comme un lion en cage. L’arrivée de l’automne et la pluie qui s’abattaient sur la ville depuis plus d’une semaine n’arrangeaient rien.

Temps glauque, froid … et pluvieux ! Pour une fois, je m’accordai parfaitement à la météo et n’aurai nul besoin de farder mes paroles de ces convenables et hypocrites« oui je vais bien merci et vous Madame Charlot?»  Hum, finalement ce temps m’irait très bien aujourd’hui !

Combien de fois avais-je  eu l’impression d’être guéri? Combien de fois avais-je bombé fièrement le torse devant les collègues, durant nos interminables afterworks, en commandant une énième tournée à Tonton, le vieux patron du bar du Coin?

Mais,  Elle…  elle finissait toujours par revenir et comme une tornade, la moindre apparition de son nom dans mes pensées saccageait tout! Chaque nouvelle rencontre, chaque nouveau flirt, chaque essai, pauvres amours, semblaient si fades! Tout était devenu comme un paysage sans couleur…Un paysage que je feignais de peindre pour retrouver un peu de paix quand quelques autres m’assénaient de questions.

J’avais encore sous les doigts le souvenir de son corps tout entier. Elle était plus que belle; elle était belle pour moi. Le moindre recoin de sa peau avait laissé en moi comme une empreinte rutilante. Elle avait été mon plus bel amour, ma meilleure amie, ma confidente, ma raison et  puis ma pire ennemie. Comme l’amour nous rend fou lorsqu’il nous envahit !

L’attitude bien pensante voulait que je l’oublie ! Oh! combien de fois ma mère m’avait-elle fait sermons sur la montagne, me rabâchant de beaux discours sur l’image et la convenance ! – La convenance ! Impeccable mascarade ! J’étais éreinté par toutes ces causeries sans fin ! Que savaient-ils de l’amour ? A en voir la place qu’ils lui donnaient dans la vie, peut-être aurait-il mieux fallu qu’ils m’apprennent à jouer aux échecs.

Léa, comme son nom sonnait doux… Elle était mon opposé, mon idéal, ma faiblesse et ma rage, pourtant elle seule demeurait. Elle seule leur survivait ! Si seulement nous nous étions gardés de la vie qui nous saccageait, peut-être elle aussi m’aimerait-elle encore ? …Pauvre con !

Essuyant mon visage à l’aide d’une serviette, évitant de justesse Caramel qui traînait, comme à son habitude, sur le devant de la douche,   je contemplai un vieux bout de papier tout chiffonné, scotché sur le coin du miroir. Il était l’un de nos souvenirs doux.

Je souris.

« …scotché sur le coin du miroir. Il était l’un de nos souvenirs doux. »

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