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(je vous ai promis un article qui parle d’un rayon de soleil et il faudrait que je n’y mette pas trop de rose alors déjà l’idée de prendre mon stylo et de vous dessiner un soleil me titille, mais allez soit… je me lance et nous verrons bien )

« Mur  blanc ! Hé zut ! Moi qui pensais que c’était pour cette nuit… il n’en est rien! Toujours ce mur en face de moi. « Un mur blanc, cela fait zen », comme ils disent ! Je t’en donnerais moi des « zen. »

Pourtant, ce mur blanc et moi on aurait pu devenir copains depuis le temps que l’on se tient compagnie. Remarque, lui au moins il n’essaie pas de dresser mon « profil psychologique » comme la grue qui me sert d’infirmière. Profil psychologique ! Eh ben celle-ci, si elle croit que je vais marcher dans sa combine, elle se met le doigt dans l’œil et pour de bon ! Oh ! Elle a bon me servir ses « bonnnnnnnnnnjooooooooooooour» aussi mièvres et doucereux que le regard de Mme Hounet ! Si elle croit m’adoucir, elle se trompe! Personne ne m’adoucit ! Je n’aime personne ! Point!

Vous avez déjà levé votre regard sur le monde d’aujourd’hui ? Tout le monde est aimable, tout le monde est convenable, tout le monde se sourit, tout le monde fait des efforts, tout le monde vous fait la conversation, tout le monde écrit des conventions, tout le monde suit des marches à suivre…. Et le pire de tout ça :  tout le monde invente de mots sur des maux qui eux-mêmes n’existent même pas. « Programmation neuro-lingolo…je ne sais quoi », « écoute attentivo-connectée », « Hoppoponoppo »… Tout le monde a son propre coach qui lui apprend à devenir aimable, à faire des efforts, a bien parler, a bien respirer pour faire mieux circuler les « chakras » ou quelque chose dans ce goût-là. Paraît qu’on meurt mieux si on fait ce genre de respiration! C’est comme le poids et le cholestérol: paraît que si on n’en a pas trop ben au moment de mourir, on vit mieux…

Mais quelle belle bande ils font ! Non mais! Je leur en donnerais de l’analyse psychologique moi ! Je m’appelle Madame Charlot et pis j’n’aime personne ! Je fais semblant de rien ! J’les connais même pas leurs mots (ni leurs maux d’ailleurs) et j’m’en fiche ! Oh oui, comme tout le monde j’ai un peu mal aux reins, héhé c’est qu’on en a fait des galipettes avec l’vieil Antonin à l’époque. Et puis aussi, j’ai les articulations qui coincent, mais bon à 94 ans vous ne voudriez tout de même pas que je cours comme une gazelle ? Oh ! Pis du ventre ça j’en ai, les bonnes choses moi j’aime ça…

« Un régime HYPO calorique Madame Charlot, voici ce qu’il vous faut!  », m’a dit Monsieur Martin la dernière fois que je l’ai vu en consultation ! Ouh ! Lui avec son grand air et ses petites lunettes, il me fait froid dans le dos ! Qu’il aille au diable ! Comme les autres ! Un ventre c’est fait pour être rempli ! Bon.  J’suis pas une mauvaise âme, vous savez.  Je suis imbuvable, pis c’est tout. Et, vous savez quoi? J’aime ça, ne pas aimer… ça m’a rendu libre ! Je suis Madame Charlot et j’aime personne. Voilà!  »

Elle en avait pesté contre son mur, Madame Charlot. Elle disait depuis qu’elle était arrivée ici qu’elle se réjouissait de son dernier rayon de soleil, qu’il fallait « laisser la place maintenant ». Elle me racontait toujours qu’elle détestait les gens. Et elle me surnommait même« la grue ». Oui, je l’ai surprise un matin qu’elle maugréait face à son mur lui comptant merveilles à mon sujet ! Elle disait toujours que notre époque était malfamée, et dieu qu’elle y mettait du sien pour camper dans sa haine ! Un joli brin de mauvaise foi avec des grands yeux plein de malice ! Madame Charlot… Elle a fini par l’avoir son dernier rayon de soleil. Ce matin après son petit déjeuner de belles tartines,  elle a tiré révérence à son mur blanc, a embrassé la photo de son vieil Antonin et avant de fermer les yeux, elle a griffonné à mon attention sur l’un de ses papiers à lettres au liseré bleu : «  N’aimez jamais ! Mais… aimez, Jolie grue »

 

The interior in the style of Provence which creates spring mood and consisting of green tables with two coffee cups, tulips and elegant table lamp

elle a griffonné à mon attention sur l’un de ses papiers à lettres au liseré bleu : «  N’aimez jamais ! Mais… aimez, Jolie grue »

(merci à Marion pour son « rayon de soleil » lors du concours d’hier soir) 

 

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