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Je me suis toujours demandé ce qu’il lui était passé par la tête à la p’tite pour vouloir devenir écrivain ? » maugréa  Tonton à Oro, son vieux labrador blanc. 
« – Écrivain ! En voici un métier ! Et pour une femme ! Tu imagines Oro! Une femme ! Décidément la vie prend des airs de vieux foutoir à mesure que les années filent ! Une femme ! Écrivain ! Et toi vieux cabot! Ne me regarde pas avec cet air-là! Si tu les connaissais toi les femmes ! Un jour elles viennent au monde ! C’est tout mignon tout joli et sans que tu n’aies pas même le temps de te resservir un whisky elles te réclament déjà un vélo ! Et v’la que tu les regardes pousser, en t’accrochant les tripes à chaque fois qu’elles rencontrent un gus ou qu’elles te demandent c’que c’est l’amour. Et d’une fois qu’t’as survécu à toutes leurs simagrées, elles t’annoncent d’un air bien fier, qu’elles seront « écrivain » ! Non …! Moi je te dis ! Le monde va mal mon vieux cabot! Ecrivain… Le monde va mal… »

J’avais écris un courrier à tonton quelques jours auparavant pour lui faire part de mon projet. J’avais cacheté une petite lettre décorée de fleurs et d’un papier de soie bleue! Imaginer la scène où de ses gros doigts plein de suie, il déferait mon présent me fit sourire. Sourire, j’en avais bien besoin ce matin, tant l’angoisse me serrait le ventre depuis cette nouvelle.

Tonton, n’aime pas les écrivains, pourtant c’est un vrai poème ambulant. Aucune finesse ne le distingue des hommes de ce monde, mais son charme bien à lui m’attendrit ! Sa vieille pipe, toujours pleine au coin de la bouche, sa barbe grise mêlée de blanc et ses sourcils plus épais que la norme en vigueur (si tant est qu’il existe une norme en vigueur pour l’épaisseur des sourcils), lui donnent le visage d’un homme qui a traversé les siècles  ! Il n’a ni l’allure ni le pas leste, et semble  mener et avoir mené, au profil en demi lune du dessin de son ventre bien en chair , une vie au profit des bonnes choses.  Le plus clair de sont temps, il ronchonne. Oh! c’est qu’il en a des raisons « d’être comme il est », comme il se plaît à dire ! Oro, son vieux Labrador le suit partout, je crois que d’une certaine manière ce chien c’est le garant de son humanité et qu’il protège le petit côté tendre qu’il reste à ce vieux ripou.
Tonton n’aime pas les femmes. Il n’aime pas les hommes non plus, mais les femmes, peut être parce qu’il n en a jamais vraiment eu, elles, il les hait. Elles et leurs côtés « chichis » comme il le  mime souvent ! Qu’il en passe des heures à se donner en spectacle ce Tonton quand il parle des femmes! Je crois que la montée du féminisme dans la décennie précédente a failli avoir raison de ses artères tant il en a maugréé à leur sujet. 

Aujourd’hui il a prit ses quartiers  au bord du lac de Tanis dans une vieille bâtisse  qui appartenait à ses parents, et déjà à ses arrières grand parents. Il dit qu’il respire mieux loin du monde! Moi je pense qu’il deviendra centenaire à force de bougonner. Je lui rend visite chaque mercredi et déjà quand la semaine débute  je m’en réjouis. Je crois que je suis la seule « femme » qu’il aime, mais pour ne pas l’avouer,  il m’appelle « la P’tite ». 

Le milieu de semaine se présentait déjà. Cet après-midi, comme tous les mercredis, nous avions rendez-vous. Celui-là serait spécial! Enfin! 

« – Tonton? Tonton? Oui, c’est Léa… Oui cet après-midi, oui ! Oui à toute à l’heure! » Avant de raccrocher, j’entendis Oro qui semblait japper comme s’il acquiesçait. Je pris cela pour des encouragements. De quelque sorte qu’ils soient, j’en avais bien besoin! Il sonnait 12 h 30, déjà je me hâtais: cet après-midi, coûte que coûte, nous parlerons! 

Retro motobike on the road with grunge style background

 (texte inspiré par le mot « chien », mis au concours hier) 

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